Effets spéciaux : ce qui rend Montréal si spéciale

10 octobre 2018

Cinesite, Framestore et MPC font le bilan de leurs cinq premières années dans la métropole

En avril dernier, l’américain Reel FX annonçait l’ouverture d’un studio d’effets visuels à Montréal. Objectif : embaucher 400 personnes en deux ans. En juin, c’était au tour de l’allemande Scanline VFX de s’installer en sol québécois, avec 300 emplois à la clé. Et ces annonces ne sont pas isolées. En 2017, 13,6 % des 2, 025 G$ d’investissements directs étrangers facilités par Montréal International étaient concentrés dans ce seul secteur.

« Le Grand Montréal s’est positionné parmi les principaux pôles mondiaux du secteur des effets visuels et de l’animation au cours des 10 dernières années avec une croissance annuelle estimée de 27 % », souligne Hubert Bolduc, président-directeur général de Montréal International.

Qu’est-ce qui attire ces nouveaux joueurs de l’industrie cinématographique? Comment le marché va-t-il réagir? Cet engouement sera-t-il durable? Réponses avec Cinesite, Framestore et MPC, trois piliers d’origine britannique qui fêtent leur cinquième anniversaire à Montréal.

« Ici, toutes les conditions gagnantes sont réunies. »
– François Sansregret, chef de l’exploitation, Cinesite Montréal

C’est en octobre 2013 que Cinesite a installé ses premiers écrans à Montréal, avec une poignée d’employés, un carnet de commandes alimenté par la maison mère et une ambition : faire du nouveau studio une plaque tournante de son réseau mondial de production.

En plus des effets visuels, Cinesite Montréal ouvre rapidement une division animation, qui va produire quatre films en quatre ans, parmi lesquels The Star pour Sony, un projet bouclé en 11 mois seulement, un exploit. Aujourd’hui, avec 400 employés, le studio de Montréal est le plus important du groupe en termes d’effectifs, et le seul qui abrite à la fois les effets spéciaux et l’animation.

Tout en collaborant avec Londres (Avengers, The Commuter), Montréal travaille de façon autonome sur des projets d’envergure (Mary Poppins Returns, American Gods). Certaines créatures du nouveau Marvel, Ant-Man and the Wasp, ont été façonnées ici. Et cela sera aussi le cas pour Extinct que dirige David Silverman (Monsters inc., Les Simpsons), prévu pour 2020.

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« Le succès de Cinesite Montréal a dépassé toutes nos attentes », explique François Sansregret, chef de l’exploitation. « Et cinq ans plus tard, les attraits de Montréal demeurent les mêmes : le bassin de talents, la créativité de la région, la culture techno, les coûts d’exploitation compétitifs et le support constant de Montréal International façonnent un écosystème idéal pour les entreprises innovantes comme la nôtre ».

Le studio planche déjà sur trois nouveaux films d’animation, dont une première production originale, Riverdance. Il abrite également une équipe de création de propriétés intellectuelles, qui élabore des concepts d’animation et de nouvelles idées de films amenées à alimenter tout le réseau Cinesite.

« En cinq ans, Cinesite Montréal a fait ses preuves et sa marque. Nous tablons sur une croissance tout aussi soutenue pour les prochaines années et visons 300 nouvelles embauches d’ici 2021. »

« L’arrivée de nouveaux studios contribue à faire de Montréal un chef de file mondial. Cela bénéficie à toute la communauté VFX. »
– Chloë Grysole, directrice générale, Framestore

Même son de cloche du côté de Framestore, le tout premier des studios britanniques à avoir élu domicile à Montréal il y a cinq ans. Il compte aujourd’hui 500 employés et vient de doubler la superficie de ses bureaux dans le Mile End pour pouvoir poursuivre son développement. « Si je devais résumer ces cinq dernières années en un mot, ça serait croissance; une croissance folle, une croissance exigeante, une croissance passionnante », sourit la directrice générale, Chloë Grysole.

Car il y a de quoi sourire et être fier. En février dernier, le studio a reçu l’Oscar des meilleurs effets visuels pour Blade Runner 2049, dont les effets spéciaux ont été conçus presque exclusivement par Framestore, à son studio de Montréal. « Cette victoire, c’est vraiment celle de notre équipe. Elle récompense des mois de travail et nous positionne comme un joueur de première catégorie dans l’industrie. »

Dans les prochains mois, le travail de Framestore sera sur tous les écrans : Christopher Robin, Deadpool 2, Mary Poppins Returns, Women of Marwen, Fantastic Beasts 2, Dumbo,. Pas de doute, l’avenir sourit au studio, qui, grâce à ses liens avec Marvel, Disney et Warner Bros., grâce aussi à sa division VR pour les expériences immersives, entend continuer de grandir au même rythme effréné.

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Les nouveaux concurrents qui s’installent régulièrement à Montréal joueront-ils les trouble-fête? « Nous voyons plutôt cela comme une opportunité. C’est la forte concentration d’entreprises et de professionnels qui fait de Montréal un hub mondial des effets spéciaux. Les nouveaux studios renforcent la communauté VFX et contribuent à bâtir la réputation mondiale de la région. »

« Être dans une ville classée parmi les plus agréables à vivre dans le monde facilite le recrutement. »
– Émilie Dussault, directrice du studio, Moving Picture Company

On doit aux héros de X-Men l’implantation à Montréal du studio anglais Moving Picture Company (MPC), division VFX de Technicolor. En 2013, la métropole accueille l’équipe de tournage de Days of Future Past. Chargé des effets spéciaux, MPC choisit de s’y installer aussi. Cinq ans plus tard, il est toujours là, en tête avec plus de 850 employés, et planifie une fois de plus une nouvelle croissance. MPC Montréal s’ajoute aux quatre autres studios de la société dans le monde, soit Londres, Bangalore, Vancouver et Los Angeles.

« La montée en puissance a été fulgurante. De cinq personnes à l’ouverture en juillet, nous étions déjà 136 à peine 6 mois plus tard», se souvient Émilie Dussault, directrice du studio et présidente de Technicolor Québec. La nomination de X-Men aux Oscars et aux British Academy Film Awards pour les meilleurs effets spéciaux a fait le reste. Depuis, MPC a travaillé sur A Monster Calls, The Revenant, Pirates of the Caribbean: Dead Man Tell No Tales, Ghost in the Shell, Suicide Squad et… Blade Runner 2049. Avec son réseau mondial de studios, il est courant pour MPC de décrocher le contrat pour la totalité du projet.

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Pour MPC comme pour les autres joueurs implantés à Montréal, la croissance éclair est tout un défi; notamment ce qui a trait au recrutement. Mais un heureux défi tout de même, comme souligne Émilie : « Ç’a permis de créer l’Académie de formation Technicolor, qui fait le pont entre l’université et l’entreprise. À ce jour, c’est plus de 300 jeunes diplômés y ont fait leurs classes. Nous avons aussi mis sur pieds des programmes de formation continue à l’interne et nous organisons toute une variété d’activités favorisant une intégration rapide. Alimenté par des universités de haut niveau et des écoles spécialisées – comme l’École NAD – le bassin local permet de pourvoir environ 40 % des postes. Les autres professionnels proviennent de partout ailleurs sur la planète.

« La cote d’amour de Montréal est un atout lorsqu’on recrute à l’étranger. C’est une ville accueillante, créative et facile à vivre, qui suscite beaucoup d’intérêt auprès des artistes et professionnels du monde entier. Au début, ils sont un peu craintifs à cause de l’hiver, mais au bout de quelques mois, ils veulent rester et demandent leur résidence permanente. Et ce ne sont pas les projets qui manquent. »

L’équipe de MPC est à l’œuvre notamment sur Shazam!, Dumbo, Underwater, The Voyage of Doctor Dolittle et Godzilla: King of the Monsters. On peut dire que Montréal en met vraiment plein la vue!

Pour en savoir plus :

Cinesite

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MPC

VFX Montréal

Scanline VFX

Reel FX