L’investissement, un bon indicateur de performance économique?

L’auteure est présidente-directrice générale de Montréal International, l’organisation responsable d’attirer les sociétés étrangères, les organisations internationales et les travailleurs stratégiques dans le Grand Montréal.

Peut-être avez-vous eu l’occasion, vous aussi, de lire les récents articles Why Québec is closed for business, publié dans le magazine Macleans, ou encore celui de La Presse intitulé Investissements des entreprises : Québec, le cancre. Ces articles utilisent les données sur l’investissement privé non résidentiel pour illustrer le niveau de vigueur économique des provinces canadiennes et la sous-performance du Québec et de l’Ontario.

Ces statistiques, souvent citées par les décideurs et les médias, représentent-elles un bon indicateur de performance économique? Voilà une question qui m’apparaît fondamentale et à laquelle j’aimerais répondre.

En premier lieu, les données sur l’investissement privé portent strictement sur les dépenses en immobilisations des entreprises, c’est-à-dire leurs dépenses en bâtisses, équipements et machinerie. Bien que ces investissements favorisent la productivité des entreprises, ils ne reflètent pas adéquatement la vigueur des secteurs technologiques et d’avenir, placés au cœur de la stratégie de développement économique du Grand Montréal et de nombreuses autres grandes métropoles dans le monde. On n’a qu’à penser au secteur montréalais du jeu vidéo, qui a connu une croissance exceptionnelle au cours des dernières années, en dépit d’un niveau plutôt faible d’investissements en immobilisations.

Il faut également savoir que, dans les secteurs de l’économie du savoir, les entreprises investissent souvent peu en machinerie et équipements mais davantage dans les salaires de leurs travailleurs qualifiés et dans ce que l’on qualifie de « capital intangible », c’est-à-dire les dépenses en R-D et transfert technologique, en formation et développement des compétences, en marketing et développement de marque, etc. Ces dépenses créent beaucoup de valeur mais ne sont pas incluses dans les statistiques disponibles.

Deuxièmement, dans un contexte de développement économique, l’investissement n’est pas une fin en soi mais un moyen de créer de la richesse économique sur un territoire. La création de richesse liée à un investissement dépend du rendement économique de l’investissement réalisé, lequel varie beaucoup selon le secteur d’activité. Tous les investissements ne sont donc pas égaux.

Selon une récente étude de SECOR-KPMG pour le compte de Montréal International, l’impact en termes de PIB d’un investissement de 100 M$ serait par exemple de 491 M$ dans le secteur des services scientifiques alors qu’il ne s’élèverait qu’à 60 M$ dans le secteur de la fabrication de papier. C’est donc dire que pour générer le même niveau de richesse, une entreprise en fabrication de papier doit en général investir 8 fois plus en équipements et en machinerie qu’une entreprise du domaine des services scientifiques.

J’aimerais d’ailleurs souligner, parmi les projets d’investissement facilités par MI, le cas d’une entreprise en transformation alimentaire qui souhaitait effectuer un investissement en immobilisations cinq fois plus élevé qu’une entreprise dans le domaine du jeu vidéo. À terme, l’investissement dans le secteur du jeu vidéo généra un niveau de création de richesse deux fois plus élevé, en raison notamment d’une création d’emplois plus importante.

En conclusion, la faible performance du Québec – et de l’Ontario – en matière d’investissement privé non résidentiel reflète davantage à notre avis le déclin du secteur manufacturier traditionnel qu’ont connu ces deux provinces au cours des dernières années. Elle n’est pas représentative du dynamisme des secteurs d’innovation, de créativité et de haute technologie, lesquels connaissent un essor remarquable dans le Grand Montréal et contribuent de façon marquée à la création de richesse. Il est donc important d’interpréter avec nuance les statistiques sur l’investissement pour qualifier la performance économique d’une région. À elle seule, la mesure de l’investissement s’avère être un indicateur incomplet et dans ce cas-ci trompeur, d’où la nécessité de considérer d’autres indicateurs tels les salaires versés, les revenus générés et les impacts sur le PIB. L’analyse des industries de l’économie du savoir requiert que l’on utilise des indicateurs adaptés à leur réalité.

Dominique Anglade
Présidente-directrice générale de Montréal International

Laisser un commentaire