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Jeux vidéo : le point sur la main-d’œuvre et les nouvelles entreprises indépendantes

Le secteur montréalais du jeu vidéo traverse une période de mouvements depuis quelques mois. Les annonces de fermetures de studios, de ralentissements et d’acquisitions se succèdent et dénotent des changements profonds à Montréal et dans le secteur du jeu vidéo en général.

Certes, les nouvelles sont mauvaises pour les employés qui ont perdu leur travail, mais ce creux favorise par contre un certain nombre d’autres studios montréalais prêts à exploiter la situation et à réembaucher ces mêmes employés.

Dans un article récent paru dans The Montreal Gazette, Jason Madger évoque ce phénomène, en relatant l’expérience de Ludia, une entreprise d’ici, qui n’hésite pas à recruter parmi les employés récemment licenciés dans le secteur du jeu vidéo.
Un point positif et un signe de la maturité du secteur montréalais du jeu vidéo : les nombreux studios de la ville ont accompli un travail remarquable en attirant, en formant et en recrutant des candidats talentueux pour créer un bassin de main-d’œuvre durable. Ce travail, réalisé en collaboration avec des établissements d’enseignement (le Centre NAD se démarque à cet égard ainsi qu’un grand nombre d’écoles offrant des programmes d’études aux niveaux collégial et universitaire) et grâce aux efforts d’entreprises pour attirer des candidats de l’étranger (remercions tout particulièrement l’équipe des professionnels de l’immigration de Montréal International qui a travaillé en collaboration étroite avec les studios à cette fin), a permis d’établir un secteur qui emploie près de 9 000 personnes au Québec. Selon une étude approfondie menée par TechnoCompétences, la main-d’œuvre du secteur du jeu vidéo au Québec* a augmenté de 9 % en 2012. Encore plus révélateur, près des trois quarts des entreprises de jeux vidéo ont réussi à atteindre ou à dépasser leurs objectifs d’embauche en 2012.
Pour maintenir cette croissance, des efforts de recrutement soutenus s’imposeront chez tous les intervenants et, dans de nombreux cas, ils devront s’adapter à de nouvelles plateformes. Un défi important demeure l’émergence d’une communauté locale d’entreprises indépendantes de développement de jeux vidéo. Le secteur montréalais du jeu vidéo est dominé par de gros joueurs (une statistique révélatrice de l’étude mentionnée au paragraphe précédent : 89 % de la main-d’œuvre se concentre dans des entreprises comptant plus de 100 employés!), et ces studios sont malheureusement tributaires de décisions et de forces du marché sur lesquels ils n’ont aucune prise.
Des progrès sont toutefois accomplis. Des entreprises indépendantes dynamiques ont toujours été présentes, mais elles se renforcent et accroissent leur visibilité. Récemment, on créait un blogue Tumblr de studios de jeux vidéo montréalais pour favoriser la centralisation de noms et de renseignements sur les studios locaux de jeux vidéo. Des studios comme Minority Media sont en train de se tailler une réputation. Son jeu,Papo & Yo, a été mis en nomination pour plusieurs récompenses aux Prix canadiens du jeu vidéo.

Enfin, aucun article ou aucune publication sur la vigueur du secteur du jeu vidéo à Montréal ne saurait passer sous silence les efforts consacrés par Jason, Alex et Keith à la création de Execution Labs, un incubateur et un accélérateur hybrides de jeux vidéo. En quelques mois à peine, cet espace a énormément contribué à propulser Montréal à l’avant-scène du développement indépendant.

Évidemment, Montréal a encore du chemin à faire avant de s’établir à long terme comme une ville à la fine pointe du développement indépendant des jeux vidéo, mais les éléments sont réunis pour y parvenir. Elle possède un vaste bassin de travailleurs qualifiés, les incitatifs restent appréciables et les grands studios forment une masse critique. Les appuis incessants des divers acteurs du secteur, des décisions réglementaires judicieuses prises par les gouvernements et un soutien à la fois financier et structurel permettront de réaliser une diversification et une réussite durable.

* Québec et Montréal sont utilisés de façon interchangeable dans cet article, mais les données sont similaires pour la province et pour la ville. Au total, Montréal réunit environ 80 % de la main-d’œuvre du secteur des jeux vidéo au Québec.

Éric Kucharsky,
Directeur TIC, Montréal International

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