La transformation numérique : un catalyseur pour le développement du Grand Montréal

15 juin 2016

L’avènement d’une industrie 4.0 consacre la transformation numérique et constitue une révolution industrielle comparable à la machine à vapeur et à l’électrification au XIXème siècle. Elle impose un changement radical de modèle et requiert des efforts financiers et organisationnels significatifs de la part de nos entreprises. Ces dernières paraissent encore assez peu nombreuses prêtes à en relever le défi. Le risque de déclassement de notre économie au cours des prochaines décennies est réel si le tournant qui s’impose n’est pas pleinement engagé.

Un autre scénario reste cependant possible. La transformation numérique, si elle représente un défi majeur d’adaptation de nos modèles économiques et de l’ensemble de notre société, n’en demeure pas moins une formidable opportunité pour accélérer durablement notre croissance économique.

Face à cette nouvelle donne et dans une économie en pleine mutation, le Grand Montréal ne manque pas d’atouts à faire valoir et à faire fructifier.

La transformation numérique est incontournable et bouleverse en profondeur les fondements mêmes de nos sociétés
La transformation numérique touche l’ensemble des secteurs économiques, bouleverse nos habitudes et questionne même nos schémas de pensée.

Les usages digitaux ont explosé, transformant ainsi les modes de vie, avec la prolifération des réseaux sociaux, l’envolée du e-commerce, la numérisation des procédures administratives, l’avènement des objets connectés… À chaque besoin son application mobile, disponible partout et en tout temps, faisant ainsi voler en éclats les modèles d’affaires traditionnels. Tous les secteurs sont touchés, à commencer par ceux que l’on pensait protégés. Nulle barrière ne semble pouvoir résister aux assauts d’entrepreneurs révolutionnaires : hier les applications de messagerie pour les opérateurs télécom, aujourd’hui les fintech pour la banque, Uber pour les transports urbains et demain SpaceX pour la conquête spatiale. L’ampleur de cette révolution se mesure à l’intensité du débat public qu’elle suscite, qui témoigne de la difficile recherche de nouveaux équilibres entre gains de productivité et destructions d’emplois, économie du partage et nouveaux monopoles, liberté d’entreprise et réglementations, transparence accrue et respect de la vie privée.

Si les individus sont toujours plus connectés, nos entreprises le sont encore assez peu. Alors que 70% des Québécois achètent en ligne, seule une entreprise sur huit au Québec vend ses produits et services sur Internet ! Et cet aspect commercial ne figure que la partie émergée de l’iceberg. Recherche et développement, chaîne d’approvisionnement et processus de gestion ont également vocation à être digitalisés. Les entreprises ne semblent donc pas toutes prendre la mesure du défi qui leur fait face, avec pour conséquence une perte de compétitivité probable qui ne fera que s’accentuer.

Source de défis, la transformation numérique représente une réelle opportunité pour nos entreprises et l’ensemble de notre économie 
Le numérique ouvre d’importants relais de croissance. Le commerce en ligne s’affranchit des restrictions d’horaires d’ouverture, de superficies de magasins et des frontières. La meilleure connaissance des clients à travers l’analyse d’immenses gisements de données permet désormais de déceler les nouveaux besoins, et d’ainsi adapter et valoriser l’offre des entreprises. Plus fondamentalement, un plan d’affaires qui intègre pleinement la dimension numérique peut rendre possible une expansion planétaire quasi-instantanée pour un coût marginal dérisoire.

Le numérique est un vecteur d’amélioration durable de l’efficacité et de la compétitivité de nos entreprises. La mise en réseau de la chaîne de valeur réduit les stocks et les délais ; les outils de maintenance prédictive optimisent l’utilisation des actifs ; l’homogénéisation et la désintermédiation des différents processus éliminent les tâches sans valeur ajoutée. Au Québec, des sociétés comme Bombardier avec son programme d’innovation ouverte YouCity, ou encore le réseau Québec-3D mettent déjà en œuvre ces nouvelles synergies.

Des secteurs sinistrés comme le textile ou l’automobile recouvrent ainsi un second souffle. Les délocalisations paraissent en effet moins pertinentes à l’heure des productions en petites séries et ultra-personnalisées. Avec le développement des imprimantes 3D et de l’industrie 4.0, la compétitivité ne se mesure plus à l’écart de coût de main d’œuvre mais bien au niveau de digitalisation de l’entreprise.

Les bénéfices de la transformation numérique sont tangibles. Les entreprises qui ont atteint un niveau de maturité très élevé en la matière obtiennent de meilleurs résultats : le taux de croissance de leurs revenus est six fois supérieur.

Les effets positifs sur la croissance économique d’une migration de l’ensemble de nos entreprises vers le 4.0 sont donc majeurs, comme l’a démontré la dernière étude Roland Berger sur la quantification des impacts de la transition vers l’industrie 4.0[1]. Ces effets peuvent être décuplés si nous développons en parallèle la filière numérique soutenant cette migration.

Le Grand Montréal doit se positionner comme une métropole à l’avant-garde de la transformation numérique. Elle dispose d’atouts indéniables pour ce faire
L’industrie des technologies de l’information et de la communication est l’un des piliers traditionnels et des moteurs de notre économie. Elle établit le socle à partir duquel bâtir un écosystème numérique attractif, de classe mondiale.

Le Grand Montréal est reconnu à l’échelle internationale comme un pôle d’innovation qui gagne en importance. En 2015, la métropole est entrée à la 20ème place du classement Compass des meilleurs écosystèmes de startups, avec ses 1 800 à 2 600 jeunes pousses technologiques recensées et sa communauté d’investisseurs actifs tels les réseaux Anges Québec et FounderFuel. Les succès de plusieurs startups montréalaises telles Lightspeed Retail (e-commerce), HMH Montréal, Datacratic (intelligence artificielle), ou encore Breather (location d’espaces) méritent d’être soulignés. 

Certes, plusieurs freins au développement de notre filière numérique persistent, au premier rang desquels l’accès au financement. Le Québec n’abrite d’ailleurs aucune des licornes, ces quelques 170 startups sur le globe dont la valorisation dépasse un milliard de dollars américains. Montréal peut dès lors apparaître effacée derrière la forte concurrence nord-américaine, et rivalise encore difficilement avec Vancouver à l’échelle nationale.

Dynamiser notre filière numérique et positionner la métropole sur des niches porteuses est néanmoins largement à notre portée. L’étude de Montréal International et de ses partenaires sur le Big Data l’a encore récemment illustré.

Son vivier de talents locaux dote le Grand Montréal d’un avantage compétitif décisif dans une industrie qui capitalise sur le savoir et la créativité. Les infrastructures d’innovation sont en place pour jouer un rôle central dans la création et le développement de la filière numérique.

La métropole doit également s’appuyer sur son réseau d’entreprises de la nouvelle économie mais également des secteurs traditionnels pour impulser le mouvement nécessaire. La vitalité du secteur du jeu vidéo doit être un tremplin et un facteur d’attractivité à promouvoir. Les coopérations qui existent déjà entre grandes entreprises et startups du numérique doivent être approfondies et généralisées pour une fertilisation croisée des écosystèmes.

Alexis Gardy
Managing Partner
Roland Berger Montréal

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[1] The Industrie 4.0 transition quantified, How the fourth industrial revolution is reshuffling the economic, social and industrial model – Roland Berger 2016 (http://www.rolandberger.com/media/pdf/Roland_Berger_Industry_40_20160609.pdf)

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