L’AECG : une chance à saisir pour le Grand Montréal

Par Dominique Gautier, associé senior, et Thomas Apffel, directeur principal chez Roland Berger Canada

L’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, voté et adopté le 15 février 2017 au Parlement européen, offrira aux nouveaux partenaires un cadre réglementaire progressiste permettant de répondre au ralentissement prolongé de leurs économies respectives. Les conséquences de cette entente devraient se concrétiser à très court terme puisque près de 95 % de ses dispositions seront mises en œuvre dès le 1er avril prochain.

Au-delà de son effet sur l’essor du commerce transatlantique, l’AECG vient aussi répondre au défi démographique que connaissent plusieurs provinces, régions et métropoles des deux continents. En favorisant la circulation des talents, cet accord permet également d’allouer le capital et l’innovation là où se retrouvent les meilleurs retours sur investissement.

Selon une étude conjointe réalisée par l’Union européenne et le Canada, l’AECG doit permettre de générer près de 30 milliards de dollars de PIB (dont 12 milliards de dollars au Canada) et de créer 80 000 emplois au total. L’impact économique attendu à Montréal, deuxième ville en importance au pays et dont le produit intérieur brut s’élève à près de 200 milliards de dollars pourrait être substantiel.

Les secteurs d’excellence d’ici en bonne position

Grâce à la signature de l’AECG, le Canada devient la seule destination majeure des investisseurs européens en Amérique à disposer d’un tel traité avec les membres de l’Union européenne. Cet avantage concurrentiel devrait profiter au Grand Montréal, et notamment dans les trois secteurs d’excellence de la métropole québécoise :

  • Le secteur aéronautique montréalais, qui regroupe déjà près de 60 % du PIB et des exportations en aérospatiale du Canada, bénéficiera d’une occasion unique de renforcer son intégration transatlantique. La suppression progressive des droits de douane constitue pour les acteurs européens un surcroît d’attractivité afin de développer leur présence sur un marché qui leur donne un accès privilégié – grâce à l’ALENA – à la chaîne de valeur nord-américaine de l’industrie. Compte tenu de son savoir-faire, et de la position relative des coûts à Montréal, le tissu local de grandes entreprises et de PME va bénéficier d’un avantage concurrentiel significatif par rapport aux autres écosystèmes mondiaux qui n’ont pas d’accord avec l’Europe. La grappe aéronautique montréalaise devra accroitre sa visibilité auprès des grands donneurs d’ordre européens de même que ses liens avec des partenaires de premier, deuxième ou troisième niveau afin qu’augmente la part des investissements réalisés à Montréal.
  • Le secteur pharmaceutique. Plus de 600 organisations œuvrant dans le domaine pharmaceutique et de la santé se trouvent à Montréal, faisant ainsi de la métropole le plus grand laboratoire du Canada. À partir du 1er avril 2017, les investisseurs européens au Canada disposeront d’un accès préférentiel garanti tant aux marchés de l’UE qu’à ceux de l’Amérique du Nord. De plus, ils bénéficieront de l’application améliorée des droits de propriété intellectuelle qui protège les investissements effectués dans l’industrie pharmaceutique canadienne. Cette protection accrue ainsi que l’allongement de la durée d’exclusivité d’un brevet sur le marché canadien vont renforcer l’attractivité du marché canadien pour les grandes entreprises européennes du secteur de la pharmacie et de la santé et accroître les flux d’investissement dans le Grand Montréal qui jouit d’un écosystème structuré et performant.
  • Enfin, le secteur montréalais des technologies propres bénéficiera de nouvelles opportunités d’affaires tant à l’exportation qu’à l’importation puisque tous les droits imposés par l’UE et le Canada sur de nombreux produits canadiens de technologies propres seront éliminés. La métropole devra se rendre visible auprès des principales entreprises du secteur européen, notamment françaises et allemandes, en faisant notamment la promotion des différents incitatifs fiscaux en vigueur. Ainsi pour les 500 entreprises de la grappe montréalaise des technologies propres, l’AECG représente une véritable occasion pour stimuler les collaborations scientifiques, développer des alliances et favoriser l’atteinte des cibles ambitieuses en matière de réduction des GES des deux côtés de l’Atlantique.

L’AECG s’inscrit dans une relation commerciale historique entre le Canada et l’UE et ses impacts sur l’ensemble des secteurs d’excellence montréalais comme les technologies de l’information et des communications (TIC), l’agroalimentaire, ou encore le secteur financier seront favorables.

Pour en maximiser les bénéfices, les entreprises et les gouvernements doivent se préparer à mieux comprendre les dynamiques de marché européens et évaluer les principaux facteurs clés de succès qui encourageront les investisseurs à venir s’installer dans la région métropolitaine. Il importe aussi de bien apprécier les risques qui pourraient naître de cette compétitivité accrue sur le marché canadien. Montréal est fréquemment comparée à « un coin d’Europe en Amérique du Nord ». La table est maintenant mise pour que la métropole profite de son positionnement unique au Canada et en Amérique du Nord.

Roland Berger est le leader du conseil en management d’origine européenne fort de 2 400 employés et d’un réseau de 50 bureaux dans 36 pays.

roland berger

Pour plus d’informations : https://www.rolandberger.com/fr/Publications/pub_unlocking_ceta_s_potential.html

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