Ajouter

Renaissance du secteur manufacturier aux États-Unis…et dans le Grand Montréal?

Le phénomène de la relocalisation des entreprises manufacturières aux États-Unis, ou reshoring, a été largement abordé dans les médias américains et canadiens dans les derniers mois.

Selon plusieurs études, cette tendance, bien qu’à ses premiers balbutiements, devrait s’accroître dans les prochaines années. PricewaterhouseCoopers – PwC (2012) identifie quelques facteurs démontrant que les États-Unis sont plus attrayants que par le passé pour les entreprises manufacturières.

Voici les principaux :

  • Augmentation des coûts de transport et d’énergie
  • Dépréciation du dollar américain
  • Demande toujours importante aux États-Unis
  • Augmentation des coûts de main-d’œuvre en Chine
  • Accès à un bassin de talent aux États-Unis
  • Resserrement de l’accès au crédit, réduction de la chaîne d’approvisionnement et des stocks à l’étranger

Selon un article d’André Dubuc de La Presse (Juin 2013), il s’est créé un demi-million d’emplois manufacturiers aux États-Unis depuis 2010, concentrés géographiquement au Kentucky, dans le Tennessee, au Texas et en Californie. Une centaine d’entreprises américaines ont ainsi transféré une partie de leur production de la Chine vers l’Amérique, comme GE, Ford, Airbus, Caterpillar, Google et, prochainement, Apple. Selon M. Louis J. Duhamel, Associé, Leader de la pratique Stratégie corporative, Québec, chez Deloitte, et responsable de la tournée « Le point sur le Québec manufacturier : Agir ensemble pour un avenir prospère », la réindustrialisation sera responsable de la création de deux à trois millions d’emplois directs et indirects aux États-Unis au cours de la prochaine décennie.

Toujours selon M. Duhamel, le Canada pourrait s’approprier 10 % de la valeur totale de la production de biens rapatriée d’Asie, soit 50 G$ en 10 ans. Le Grand Montréal est bien positionné pour rafler une partie de ces futurs investissements. En effet, selon KPMG (2012), le Montréal métropolitain jouit des coûts totaux d’exploitation les plus compétitifs parmi les 20 plus grands centres urbains du Canada et des États-Unis (tous secteurs confondus). Cet avantage-coût s’explique en grande partie par les incitatifs offerts par les paliers gouvernementaux du Canada et du Québec, notamment les crédits d’impôts à la R-D. La métropole du Québec présente d’ailleurs le 2e fardeau fiscal global le plus faible parmi les plus grandes régions d’Amérique du Nord (KPMG, 2012).

Par ailleurs, The Boston Consulting Group – BCG (2012) identifie 7 secteurs d’activités pour lesquels il serait plus rentable de produire des biens aux États-Unis plutôt qu’en Chine au cours de la présente décennie : produits informatiques et électroniques, appareils et matériel électrique, machines, meubles, produits métalliques, produits de plastique et de caoutchouc et produits de transport.

Au final, les régions qui attireront les entreprises manufacturières de retour en Amérique du Nord sont celles qui auront su créer les conditions gagnantes pour l’investissement. Le Québec semble d’ailleurs vouloir se positionner à ce niveau avec l’annonce, en mars 2013, d’une future politique industrielle du Québec. Le gouvernement souhaite notamment développer un secteur manufacturier plus compétitif et plus vert, en misant notamment sur les secteurs stratégiques des technologies vertes, des énergies propres et du transport électrique. Nous vous donnerons davantage d’informations sur cette politique lorsqu’elle sera officiellement lancée.

Mathieu Lefort,
Analyste principal, Direction des études économiques, Montréal International

Laisser un commentaire